Extrait de Magazin'Art, 5ième année Automne 1992


Pierre Tougas
Un bout de chemin avec les impressionnistes


"Pont Royal", Paris, 9 x 12 po.


En mai dernier, Pierre Tougas se rendait en France où, après Paris "l'incontournable", il se dirigeait vers la Normandie et la Bretagne. De son séjour, il a rapporté quelques "Souvenirs... en couleurs de la France" qui seront exposés à partir du 15 novembre à la Galerie Clarence Gagnon. En attendant, retraçons l'itinéraire pictural qui l'a inspiré.

   Pierre Tougas, qui aime peindre les vieux quartiers de Québec et de Montréal, a été particulièrement séduit par Paris. Saint-Germain-des-Prés, Montparnasse,les ponts qui enjambent la Seine où s'amarrent des péniches, le théâtre de l'Opéra et le Petit Palais: autant de lieux déjà brossés par tant d'artistes et qu'il a retrouvés avec émerveillement.

  Après sa visite de la capitale, il prit "la route des impressionnistes". À Giverny, il eut le privilège de peindre dans les jardins où Monet exécuta ses célèbres Nymphéas, un véritable paradis de fleurs et d'eau qui permit au maître des impressionnistes de poursuivre ses recherches sur les vibrations de la lumière et de la couleur. C'est  là,  dans  sa  maison  aux  massifs








Extrait de Magazin'Art, 5ième année Automne 1992


Château-Gaillard aux Andelys, 6 x 6 po.
La falaise d'aval et la Maneporte, 6 x 6 po.
La falaise d'Amont, 6 x 6 po.
Honfleur, 13 x 10 po.

fleuris, que Cézanne, Sisley, Pissaro et Renoir venaient lui rendre visite. Ce sont donc des tableaux empreints d'émotion et de nostalgie que Pierre Tougas ramène dans ses bagages.
   La deuxième étape de son périple le conduisit dans la vallée de l'Eure. Aux Andelys, ce fut la découverte des ruines de Château-Gaillard, une forteresse érigée XIle siècle par Richard Coeur de Lion pour barrer la route au roi de France Philippe Auguste, qui offre une vue imprenable de la Seine.
   Poursuivant par Lyons-la-Forêt, qui abonde en églises et en halles anciennes, notre voyageur se dirigea vers Rouen, la patrie de Corneille, Géricault et Flaubert, mais aussi le bûcher de Jeanne d'Arc, brûlée vive en 1431 pendant la guerre de Cent Ans. Cette ville, s'enorgueillit de posseder de remarquables monuments historiques, très ébranlés lors de la Deuxième Guerre mondiale, mais parfaitement restaurés depuis, par exemple la cathédrale Notre-Dame de style gothique bâtie entre les XIIIe et XVle siècles, les églises Saint-Maclou et Saint-Ouen, réputées pour leurs vitraux, et le Gros-Horloge, un pavillon datant de la Renaissance qui abrite une horloge du XVe siècle.
   À la cité rouennaise succéda Étretat, célèbre pour son site exceptionnel: les falaises du pays de Caux. Un spectacle grandiose attendait notre peintre du haut de ces murailles de craie blanche aux parois abruptes qui dominent la Manche. La falaise d'amont, surmontée d'une petite chapelle, et la falaise d'aval, en forme d'arche monumentale tant les vents et marées l'ont érodée, fascinent par leur aspect insolite. Face à cette falaise se dresse l'Aiguille Mane-porte, haute de 70 mètres.
   A   quelques   encablures,   le   pittoresque  port  de





Extrait de Magazin'Art, 5ième année Automne 1992


Honfleur, qui eut un rôle important au Moyen Age, s'offrait a la visite. Le marquis de Duquesne fit creuser le Vieux-Bassin, au XVIIe siècle, où s'élèvent des greniers à sel très réputés. À l'époque des grande découvertes, Honfleur fut le lieu d'embarquement de nombreux explo-rateurs, entre autres Samuel de Champlain. Pierre Tougas a parcouru ce centre balnéaire qui a su garder intacts les traces et le charme du passé, admirant les maisons à pans de bois, l'église Sainte-Catherine et les ruelles étroites. Honfleur est célèbre pour le musée Eugène Boudin qui abrite une riche collection de tableaux pré-impressionnistes et contemporains normands: Boudin, Monet (son élève), Dufy, Gernez...
   Bayeux marqua le sixième arrêt en Normandie. Cette cité, chargée de deux millénaires d'histoire, compte une magnifique cathédrale gothique, érigée en majeure partie au XIIIe siècle. Un hôtel du XVIIe siècle renferme la "tapisserie de Bayeux", une broderie de la reine Mathilde qui relate en cinquante-huit scènes la conquête de l'Angleterre par les Normands et daterait de 1077. Bayeux fut la première ville française libérée par les Alliés le 7 juin 1944.
   C'est par le Mont-Saint-Michel que notre villégiateur aborda la Bretagne. Cet ilôt doit son nom à l'évêque d'Avranches, Aubert, qui dédia le Mont, en l'an de grâce 708, à l'archange Michel après qu'il lui fut apparu en songe. L'église abbatiale, baptisée la "Merveille", est un joyau patrimonial comme le reste de la ville médiévale aux maisons de bois accrochées au flanc de ce bloc de granit.
   Saint-Malo, entourée de remparts, contribua fortement à la découverte du Nouveau Monde. C'est de là que partit Jacques Cartier au nom du roi de France, François ler. Surcouf, l'un des corsaires les plus célèbres, est Malouin d'origine. Au siècle dernier, on venait de Saint-Malo pêcher la morue sur les côtes de Terre-Neuve. La Côte d'Émeraude, que l'on trouve en sortant de la ville, déploie des baies et des caps accidentés dont les couleurs variées contrastent avec celles, toujours changeantes, de la mer.
   Dinan, à l'intérieur des terres sur la Rance, offre, pour terminer l'expédition, son passé médiéval grâce à ses fortifications, son château, ses églises et ses vieilles ruelles.
   Tout comme ce voyage, l'exposition marquera pour Pierre Tougas une étape importante dans sa carrière et sa recherche picturale. En espérant qu'il    vivra    à    nouveau    de   telles


Dinan, 15 x 11 po.
Crédit photos : Michel Fillion

expériences pour que nous partagions encore ses émotions. Rendez-vous est pris à la Galerie Clarence Gagnon pour le 15 novembre.
   Clément   Fortin   est   l'auteur du   livre

consacré à Tougas, publié chez Broquet dans la collection Signatures. II habite au Lac Saint-Jean où, outre ses nombreux travaux d'écriture, il enseigne à plein temps.


Clément Fortin

TOUGAS EN DEUXIÈME ÉDITION

En novembre 1990, les Éditions Broquet, spécialisées dans les livres d'art et dans ceux consacrés à la nature, publiaient un ouvrage bilingue sur Pierre Tougas, l'un des aquarellistes les plus réputés du Québec. La préface était signée par son ami pastelliste Horace Champagne, qui lui voue une grande admiration, et la traduction anglaise exécutée brillamment par Fiona Malins. Dans ce livre de 116 pages, plus de 80 dessins et illustrations sont reproduits, émaillés par un texte qui décrit la carrière et les thèmes privilégiés par l'artiste. Par la maîtrise de son art. Tougas exprime la fraîcheur et la richesse de la nature dans des paysages éclatants de luminosité. Il devient poète pour magnifier la beauté hivernale. Ses natures mortes sont un véritable régal. L'imaginaire et le talent du peintre se déploient en une cascade de couleurs dans le thème les fenêtres. En art animalier, il dépeint minutieusement l'animal dans son habitat naturel. La première édition a connu un grand succès et fut rapidement épuisée. Ce deuxième tirage est enrichi d'un cahier de huit pages dans lequel on retrouve une dizaine d'illustrations couleurs des derniers tableaux du peintre. Avec un bonheur égal et une facilité déconcertante. Pierre Tougas passe de l'aquarelle au pastel, de l'huile à la gouache.