Extrait de Magazin'Art, 13ième année Printemps; 2001


Daniel Sarazin
Art populiste peu banal

La peinture m'offre ce qu'il y a de plus fantastique dans la vie : des moments de découverte, de surprise et de réflexion. Elle est devenue mon droit de passage sur un monde où l'on peut tout recréer selon ses connaissances, ses émotions, ses croyances. Mes sentiments s'expriment par elle, me donnant, par le fait même l'assurance de ma participation au monde d'aujourd'hui.

Daniel Sarazin


"L'arrêt" acrylique, 2000, 12 x 60 po.


Quelle façon éloquente de mettre son âme au grand jour, de dépeindre une passion, sa passion!
   Daniel Sarazin se décrit d'abord et avant tout comme un coIoriste. II affirme ne jamais faire de croquis préalable avant de réaliser un tableau. II aime élaborer son sujet a partir de quelques éléments qui sont déjà en place et qui deviennent des sources d'inspiration. Les plans de profondeur, la lumière et l'atmosphère globale de la scène sont plus importants à ses yeux que le respect de la perspective.
   Cela dit, le caractère peu orthodoxe de l'oeuvre de cet artiste n'en est pas moins fascinant pour autant. Des tableaux où les personnages baignent dans I'ambiance du moment présent, une ambiance qui déborde parfois en diptyque ou en triptyque, une ambiance enfin,    contemplative   et  presque  eni-

vrante. On pourrait même y voir une note d'humour ! En effet, l'exagération et la déformation morphologique  des personnages font que ces derniers semblent mettre en doute la raison d'être de l'existence, susciter l'éveil de la conscience humaine et interroger le bien-fondé de la dramatisation. "Vous savez, je suis avant tout un être positif, j'aime I'humour et il y a même un aspect naïf dans mes tableaux", dit l'artiste.
   A 30 ans, ce natif de Trois-Rivières, au Québec, dessine depuis son tout jeune âge. Or, il s'est intéressé à la peinture alors qu'il avait 15 ans. Depuis, la couleur, de même que ses nombreuses applications, n'a cessé de nourrir l'imagination créative de l'artiste. Le paysage s'est révélé son sujet de prédilection. La lumière s'est ensuite imposée graduellement dans son cheminement  pictural au point de deve-

nir l'élément premier de toute sa création.
   Puis voilà que sont arrivés les personnages, jusqu'alors quasi absents de ses tableaux. Hommes, femmes, enfants, personnes âgées sort apparus, comme pour pallier le fait d'avoir été laissés pour compte si longtemps. Ils ont surgi subitement, avec affirmation, envahissant la toile à un point tel qu'ils en sacrifient un peu de leur anatomie à l'occasion. Qu'à cela ne tienne, reste que cette particularité s'inscrit parmi les aspects d'originalité propres aux compositions de Sarazin.
   Comme on le sait, l'élaboration d'une oeuvre d'art, repose sur la structure et la composition, quelle qu'en soit la forme. C'est, en fait, ce qui distingue l'original du banal. Les connaisseurs et les critiques d'art qualifient parfois certains tableaux d'amateurs, mais ils ne








Extrait de Magazin'Art, 13ième année Printemps; 2001


"Maternité", acrylique, 2001, 20 x 10 po.
"La famille", acrylique, 1998, 24 x 18 po.

restent jamais indifférents aux réalisations dotées d'une composition intéressante. Daniel Sarazin est à cent lieues de l'amateurisme dans son oeuvre, bien au contraire. Sa voie picturale est le fruit d'une recherche assidue, d'une quête obsédante de la singularité. Peintre autodidacte, l'artiste a d'abord utilisé l'huile, mais il peint maintenant à l'acrylique, un médium qui répond davantage à ses attentes.
   L'artiste s'intéresse à tout, et tout est matière à spontanéité pour lui. Il évite de verser dans le déjà vu et la futilité; ses réalisations doivent refléter la vie. Mais en dépit du fait qu'aucun artiste n'aime qu'on compare son travail à celui des autres, il m'est extrêmement difficile d'éviter un rapprochement entre l'oeuvre de Daniel Sarazin et celle d'artistes de renom. Le tableau de Sarazin paru dans le dernier Répertoire biennal des artistes canadiens en galeries m'a rappelé une scène de Jean Paul Lemieux. Dès qu'on assiste à l'éloge de la solitude, au drame de l'être laissé à lui-même dans son parcours universel, au gré de ces grands espaces symboliques, on ne peut que se rappeler les paysages à la fois désolés et riches de Lemieux. Quoi qu'il en soit, tous les créateurs ont tôt ou tard subi une quelconque influence, à divers degrés et de manière consciente ou inconsciente. " C'est certain que je suis influencé par l'oeuvre d'autres artistes. L'oeuvre de Chagall et celle de Bruegel, entre autres, m'ont beaucoup marqué " précise Daniel Sarazin.
   Par ailleurs, l'artiste est également sculpteur, une nouvelle forme d'expression à laquelle il s'adonne depuis plus d'un an.


"Les grimaces", acrylique, 2000, 10 x 8 po.






Extrait de Magazin'Art, 13ième année Printemps; 2001


"Les témoins" acrylique 2000. 30 x 38 po.

"C'est lui". acrylique 1999, 9 x 12 po.

"Café" acrylique 2000. 8 x 8.75 po.

"Les tresses" argile.

l'étonnement de l'enfance habilement dépeints par l'artiste. À ce chapitre, il ne faudrait surtout pas omettre de mentionner que le couple Sarazin attend la venue de son premier enfant ce printemps.

   Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé; il le continue.

   Auguste Rodin.

   Les sculptures de l'artiste sont irrévocablement à l'image de ses tableaux; elles révèlent de drôles de lurons, parfois égrillards, mais combien symboliques et attachants.
   Qui plus est, Daniel Sarazin est l'un des artistes    à   avoir   été    invités   à

produire un tableau servant à illustrer la superbe réédition récente du chef d'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, une initiative de l'éditeur Henri Rivard, parue aux éditions Beaux Livres. Dans ce tableau,  on   retrouve   la   candeur   et

Lise Goulet

Daniel Sarazin est représenté par la Galerie Archambault de Lavaltrie, au Québec. Ses tableaux feront l'objet d'une exposition solo à l'automne 2002, à cette même galerie.